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Nouvelle année !

Posted by on Jan 3, 2017 in Non classé | 0 comments

Je transmets mes vœux particulièrement à toutes les personnes qui accompagnent des personnes : managers, coachs, psychologues, éducateurs…

Car des accompagnants qui vont bien sont des collaborateurs, clients, patients et usagers qui cheminent au mieux.

Bonne année à tous !

voeux-cooptions-2017

 

C’est quoi un migrant ?

Posted by on Déc 26, 2016 in Non classé | 0 comments

C’est quoi un migrant ?

Dans le cadre de COoptions (www.co-options.com) , j’interviens aussi bien auprès d’entreprises du CAC40 que d’associations de protection de l’enfance ou des adultes (mères isolées avec enfant, adolescents en difficulté, enfants en souffrance, adultes malades ou isolés…). 

Ce qui me touche, c’est l’implication et la conscience professionnelle, c’est l’ « objet » pour lequel chacun travaille, s’investit. Ce qui me touche, c’est de prendre en compte l’humain là où il est, non pas comme il devrait être. Ce qui me touche, c’est comment la société prend en compte ses malades et ses vieux. Ce qui me touche, ce sont les personnes qui en accompagnent d’autres.

Voici le quotidien de ce qu’entend un éducateur, de ce qu’il accompagne, protège, traverse, soutient. Voici l’histoire de « C », un migrant, qui nous invite à quelques questions :

C’est quoi le parcours d’un migrant, cet étranger, avant d’être accueilli sur un autre territoire que le sien, le nôtre, la France ?

C’est quoi ces pays lointains que l’on voit sur BFM ou TF1 : Libye, Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso ?

C’est quoi la haine et le racisme qui grondent depuis tant d’années ? Coluche disait (et c’est une référence sérieuse !) : « Y’a quand même moins d’étrangers que de racistes en France ; je préfère m’engueuler avec les moins nombreux ».

C’est quoi la Fraternité qui invite chaque français à être fier de son pays et de ses valeurs, à être fier d’être « frères », à être sur un chemin d’humanisation ?

Je remercie l’éducateur qui nous offre ce récit :

« Je m’appelle C et voici mon histoire. Je suis né le 28 décembre 1992 à Divo en Côte d’Ivoire.

Mon père s’appelait D et était d’origine malienne. Au Mali, après la mort de mon grand-père paternel, ma grand-mère fut bannie du village. Elle fut accusée de sorcellerie est jugée responsable de la mort de mon grand-père. Elle se réfugia alors dans un village du nord de la Côte d’Ivoire, d’où mon père obtiendra la nationalité. Il avait cinq ans.

Ma mère s’appelait S et était d’origine libérienne. Réfugiée de guerre du Libéria, elle s’installa en Côte d’Ivoire à l’âge de huit ans ; changeant de nom et de nationalité de peur qu’un jour on puisse la retrouver.

Mon père et ma mère se sont mariés et ont eu deux enfants : moi-même, né en 1992 et ma sœur Aïcha née en 2005. Habitant à Abidjan (côte d’Ivoire), nous formions une famille modeste mais heureuse.

Début 2011, pendant les événements postélectoraux qui ont bouleversé le pays, ma famille fut assassinée : mon père, ma mère et ma petite sœur. Pour ma part je ne dois la vie qu’à une bouillie de riz. Ce jour-là, dans l’après-midi, ma mère avait cuisiné une bouillie de riz, car la nourriture se faisait rare, et elle m’a demandé d’en apporter à un vieil ami de mon père, encore plus démuni que nous et qui habitait une baraque à quelques minutes de chez nous. J’ai pu me rendre chez lui car les tirs d’armes automatiques avaient ponctuellement cessé. Cependant une fois chez lui, les coups de feu ont repris et par mesure de sécurité, j’y suis resté le temps que la situation se calme. Ce n’est qu’à la nuit tombée que j’ai pu sortir et, accompagné du vieux monsieur, regagner ma maison.

À notre arrivée, la porte de la maison était grande ouverte. En pénétrant dans la pièce principale, j’ai découvert toute ma famille massacrée, baignant dans le sang, criblée de balles. Ce jour-là, j’avais 19 ans, j’étais devenu orphelin, sans aucune famille proche ou éloignée. J’avais perdu mes trois êtres chers.

Originaire du Burkina Faso, le vieux monsieur décida de s’occuper de moi et nous avons pris la route. Après plusieurs semaines de marche, nous sommes arrivés dans un campement et il me confia à un autre vieil homme. Sur place, je me suis occupé des animaux et de différentes tâches ménagères. Un jour en discutant avec un des fils du vieux monsieur, je lui ai demandé si nous étions loin d’Abidjan. Surpris de ma question, il me répondit « mais tu es au Burkina Faso maintenant ». Je ne savais pas que je n’étais plus en Côte d’Ivoire.

Un an après, l’ami de mon père est revenu me chercher en me disant que le soir-même nous partions pour la Libye. J’étais très content de cette nouvelle car la vie dans ce campement était particulièrement éprouvante. Cependant j’étais loin de me douter de l’horreur qui m’attendait.

Une fois en Lybie, après avoir traversé tout le Niger, nous nous sommes arrêtés dans une ferme. Le vieux monsieur m’a de nouveau laissé en me disant qu’il reviendrait me chercher. Mais dans la soirée, alors que le soleil était tombé, deux hommes sont venus à ma rencontre et, en me parlant en bambara, m’ont dit que j’allais maintenant travailler pour eux. Ils ne m’ont même pas demandé mon prénom. Sans d’autres choix, j’ai commencé le travail. De nouveau, je me suis occupé des animaux, des champs et des tâches ménagères. Je travaillais sept jours sur sept, du lever au coucher du soleil sans être payé.

Un soir de décembre 2014, soit deux ans et demi plus tard, je me suis enfui et j’ai trouvé refuge dans un chantier de construction. Après avoir expliqué toute mon histoire, le groupe de travailleurs présents a décidé de m’accueillir. Cependant le lendemain matin alors que j’étais en train d’aider sur le chantier, une voiture est arrivée et des hommes armés de Kalachnikov en sont sortis. Particulièrement virulents et menaçants, ils m’ont empoigné, frappé et jeté dans le coffre de la voiture. Je me souviens alors d’avoir perdu connaissance.

À mon réveil, j’ai constaté que je me trouvais dans une prison. J’étais dans une grande cellule lugubre d’environ 20 m², insalubre, froide, pleine de moisissures sur les murs est remplie d’autres personnes, une quarantaine environ : jeune, vieillards… Les corps et les visages étaient très abîmés et fatigués. On pouvait ressentir la peur qui se dégageait d’eux. Beaucoup avaient le corps et le visage tuméfiés, déformés par les coups reçus. Du statut d’esclave, je devenais maintenant prisonnier, détenu au sens propre.

Nous avons été torturés. La nuit pendant que nous dormions, nos geôliers nous jetaient de l’eau froide et nous frappaient régulièrement avec des bâtons. Plusieurs personnes présentes dans la cellule sont décédées suite à ces mauvais traitements.

Nous étions également contraints de téléphoner à des proches afin de réclamer une rançon. N’ayant aucun contact de personne à appeler, j’ai été frappé encore plus fort et emmené dans une pièce isolée ou plusieurs hommes ont abusé de moi. Cela a duré plusieurs mois. J’ai souvent pensé que j’aurais aimé mourir avec ma famille.

Du fait de l’instabilité de la Libye, une nuit, la prison a été détruite lors de combats. Nous avons failli mourir lors de cet affrontement dont je ne connais même pas la teneur. Les murs éventrés par un tir de mortier, cela m’a permis de pouvoir m’échapper. Je me souviens encore des personnes au sol, mutilées, blessées qui me suppliaient de les aider. Je ne pouvais pas. Je devais me sauver. Cela me hante encore…

À l’abri, j’ai erré pendant sept jours dans une petite ville, puis j’ai fait la connaissance d’un jeune nigérien qui m’a aidé en me faisant travailler dans son restaurant. Seulement, un matin, le restaurant fut saccagé et son petit frère exécuté d’une balle dans la tête. La famille était mêlée à un trafic de drogue et tout l’entourage était en danger. Mon ami fût alors obligé de quitter la Libye. Seulement avant de s’en aller, il me donna gracieusement 3000 dinars et me présenta à un passeur libyen. J’ai payé ma traversée pour l’Italie 1600 dinars.

Nous étions cent personnes dans une petite embarcation. Je ne sais pas nager et j’ai eu extrêmement peur que le bateau chavire. Nous sommes restés deux jours à dériver avant que les gardes côtiers italiens viennent nous prendre en charge.

Après quelques semaines dans un centre pour migrants en Italie, j’ai réussi à passer la frontière française le 28 juin 2015 et suis arrivé à Paris. Durant douze nuits, j’ai dormi à la rue ou dans les halls d’accueil des urgences des hôpitaux avant que le 10 juillet 2015 le SAMU social ne m’oriente vers une association.

Depuis, je suis en sécurité. J’ai un lit, à manger, je peux me doucher, laver mes affaires. Je me sens plus apaisé.

« … je remercie la France de me permettre de redécouvrir la vie avec l’aide des travailleurs sociaux, pleins d’attentions et d’amour pour me donner le sourire. Je voudrais que la France me protège sur le plan psychologique, éducatif, moral et social pour que je puisse être utile à la société. Malgré que je sois isolé et miséreux, j’ai la foi que je pourrais y arriver. En juillet 2015, j’ai déposé une demande d’asile, de protection auprès de la France. ».

Elle a été acceptée le 5 octobre 2016.

En quelques données (sources Le Figaro, 18 décembre 2016) : 

  • Le 18 décembre était célébrée la journée internationale des migrants, date fixée par l’ONU,
  • Les flux migratoires sont en forte hausse ces dernières années, notamment à cause de la multiplication des conflits. En 2015, la part des migrants représentait ainsi 3,3% de la population mondiale,
  • En 2016, 352.822 personnes sont entrées en passant par l’Espagne, l’Italie ou la Grèce. Le chiffre est en net recul par rapport à l’année 2015 : 1.015.078 migrants étaient arrivés sur le vieux continent l’année dernière,
  • 27% des migrants arrivés en Europe par la Méditerranée seraient des enfants (chiffres de l’UNHCR),
  • Au total, 4742 personnes sont mortes ou ont disparu en passant la Méditerranée,
  • En France, le nombre de demandeurs d’asile a augmenté en 2016. Sur les onze premiers mois de l’année, la France a reçu 77.662 demandes, selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Pascal Brice, directeur général de l’OFPRA).

 Une interview de Eric Alary, historien spécialiste de la Seconde guerre (Sources LCI, 16 septembre 2015) : 

  • Le sort des réfugiés français de 1940 et celui des Syriens d’aujourd’hui est-il comparable ? Comparaison n’est pas raison, mais s’il y en avait une à faire, c’est justement sur ce qu’ils vivent. En 1940, les réfugiés français avaient parcouru 500 kilomètres, avec d’énormes dégâts. Notamment, 90.000 enfants qui ont été perdus sur les routes de France en mai et juin. Alors quand vous voyez les Syriens, qui ont parcouru durant des mois plus de 5000 kilomètres, vous imaginez tous les effets collatéraux
  • Le summum, c’est le fameux exode de mai-juin 1940 : en croisant les différentes sources, on estime que 8 à 10 millions de réfugiés ont alors fui l’avancée allemande, soit près d’un quart de la population française de l’époque ! Au départ, ils ont convergé vers Paris. Mais quand les Allemands sont arrivés dans la capitale le 14 juin, et que le gouvernement a fui, c’était la panique. Des Lyonnais, des habitants des pays de la Loire, des Alpes ont également fui. Conséquence : vers le 20 juin, dans le Massif Central, toutes les routes étaient bouchées.
  • De leur côté, comment les autorités ont-elles réagi face à l’arrivée de ces millions de réfugiés ? Comme aujourd’hui, il y a eu une distorsion des comportements. Les préfets ayant demandé la solidarité, de nombreux locaux craignaient de manquer de nourriture s’ils accueillaient des réfugiés. Alors dans certains villages, le maire venait en personne leur demander de partir… Il y a eu également des comportements extrêmement courageux, comme celui de ce préfet qui est resté à son poste, aidant les réfugiés jusqu’à s’improviser presque boulanger. Il s’appelait Jean Moulin.

 

Retour sur une formation développement personnel

Posted by on Juin 26, 2016 in Non classé | 0 comments

Lors de certaines formations impliquantes, qui relève de la formation – développement personnel dans un contexte professionnel, je demande aux participants de me contacter par mail ou par téléphone 4, 8 ou 12 semaines après. Le but est de poser leur perception à froid, mais c’est aussi une façon que j’utilise pour leur permettre de garder des traces de ces quelques jours passés et de les mettre en mots.

Entre apports théoriques, mises en situations, questionnaire de personnalité, multiples échanges et partages, je propose aussi aux participants qui le souhaitent de les accompagner sur leur demande spécifique « en aquarium », c’est-à-dire observés par le reste du groupe.

Dans ce cas, le participant avait simplement besoin de trouver un chemin entre un mental bien en place et une tranquillité intérieure qui bougeait à la moindre émotion ressentie. Je lui ai proposé d’expérimenter une méditation que j’apprécie pour sa simplicité et sa puissance, celle de voir nos pensées, de les accueillir, et de les laisser passer. L’enjeu est de ne pas se réduire à nos pensées que nous ne pouvons pas stopper, et de ne pas se réduire aux émotions qui peuvent s’y attacher.

« Bonjour,

Je ne savais pas vraiment ce que je pourrai mettre comme mots sur ce que j’ai appris lors de cette formation (…). J’ai essayé une première fois de refaire une méditation seule. Refaire ce chemin comme lors de la formation. Je n’y suis pas arrivée !

Puis il m’est arrivé un événement qui m’a rappelé tous les états et émotions par lesquels je suis passé. Qui m’a rappelé tout ce qu’il m’était impossible de faire pendant longtemps : m’exprimer, parler, ressentir, sortir de mon état de colère, puis de la tristesse. Le plus naturel pour moi aurait été de retomber dans ce gouffre de léthargie, dans ce cercle vicieux contre lequel j’ai bataillé !

Les idées ont fusé !  Mais au lieu de me laisser submerger, je les ai accueillies, observées… et je les ai laissé partir. Et le fait de réussir ce simple exercice de laisser couler, sans pour autant tout enfouir, m’a empli de sérénité ! Je laisse tout passer calmement. Je sens le moment présent, mon corps. Puis l’énergie qui passe de ma tête à mon cœur. Je la laisse se diffuser, puis descendre. A nouveau dans mon cœur. Et je traverse. Paisiblement. Et je dis merci !

C’est con écrit comme ça, mais je mets enfin en pratique ce que j’ai cherché a apprendre pendant longtemps : me reconnecter à moi, lâcher prise sans disparaître, ressentir sans se laisser submerger. Prendre conscience que je ne suis pas juste une ou des pensées / émotions. Et bordel c’est génial de me savoir capable de ça quand j’en ai besoin !

Bon, puis j’ai appris plein d’autres choses, plus théoriques, plus pro, etc. Mais cette expérience m’a vraiment fait avancer d’un cran ! Alors c’est ce que je retiens sans regarder mes notes ! ».

Ces formations peuvent être mises en place en entreprise, en intra ; et une fois par mois le lundi soir, j’anime un groupe réservé aux hommes, « Cercle d’Hommes en Mouvement » dont vous trouverez le descriptif ici : http://www.co-options.com/developpement-personnel

 

On part de là …

Posted by on Déc 4, 2015 in Non classé | 0 comments

 

Commencer un accompagnement d’équipe, c’est accueillir un point de départ avant même de définir où l’on ira. Parfois, on part de loin, parfois on va loin, mais toujours, on part d’où l’on est.

 

Cette équipe en est là :

«  Si l’on avait été écouté, concerté depuis le début, on n’en serait peut-être pas là ».

«  On ne fait pas du bon travail. Moi ça me fait mal de ne pas faire du bon travail ».

« On est atteint vraiment personnellement ».

« On ne se fait plus confiance depuis un certain temps. Je n’arrive pas à travailler, sans confiance, sans se dire les choses entre nous ».

« Je suis à fleur de peau depuis quelques temps, car je n’ai plus confiance ».

« On est en train de se détruire ».

« J’ai essayé d’en parler, ça n’a pas arrangé ».

« Ça me touche profondément dans mes valeurs. C’est un attentat humain tous les jours ».

« Je n’ai pas envie de participer à ça ».

« Je n’ai plus envie d’être violentée ».

« J’ai beaucoup donné de moi pour essayer d’améliorer ce qui ne va pas chez nous ».

« J’essaye de me défendre par la parole, mais ce n’est pas facile au quotidien ».

« J’entends parfois que ça ne touche pas notre travail. C’est faux ».

« Je n’ai plus de soutien professionnel ; non, quasiment plus ».

« J’attends que les cadres remettent du cadre dans notre équipe ».

« C’est un travail qui ne peut se faire qu’avec tout le monde, qui ne peut pas se décrêter ni par la Direction, ni par les Délégués du Personnel ».

 

Cette équipe ira là, peut-être :

  • Réapprendre à dire stop, à l’autre, en étant respecté dans cette limite,
  • Réapprendre à dire stop, à soi aussi : stop à dire n’importe quoi, n’importe quand, à jeter des mots sans en comprendre la portance, la résonnance ; stop aux rumeurs, à la communication violente,
  • Réapprendre à s’entendre, à prendre le temps de parler pleinement, c’est-à-dire avoir le temps de poser sa parole et dire ce que l’on souhaite dire, avoir le sentiment d’être écouté,
  • Réapprendre à identifier des compétences présentes dans l’équipe pour réguler la communication, des compétences visibles lorsque le groupe est accompagné par un tiers,
  • Réapprendre en somme une forme de loi relationnelle, en repartant du minimum.

 

Ce qu’en pense le coach ?

  •  Rien n’est jamais perdu, mais il y aura de la perte : un ou des départs, car c’est parfois trop tard,
  • La souffrance, les séquelles devraient être regardées même s’il y a un départ ailleurs, lors de supervisions individuelles ou une séquence thérapeutique tant la souffrance est présente,
  • Un accompagnement prend du temps, et certaines hiérarchies le savent bien,
  • Le système organisationnel qui accepte cette violence mérite d’être pris en compte, questionné, confronté, responsabilisé, afin d’identifier si cela ne se reproduit pas ailleurs, dans une autre équipe,
  • Identifier des reflets systémiques, par exemple en quoi les relations dans l’équipe sont à l’image des relations entre usagers,
  • Les techniques quelles qu’elles soient (communication non-violente, identification des jeux d’acteurs, analyse transactionnelle…), sont bien utiles dans ce type de climat social, mais ne remplacent jamais la présence humaine et humaniste d’un tiers. L’essentiel est d’être là, vraiment.

 

A suivre…

Une semaine après

Posted by on Nov 21, 2015 in Non classé | 0 comments

Une semaine après les attentats du 13 novembre 2015

J’ai accompagné sept groupes cette semaine, et j’ai invité les participants à partager leur vécu sur ces événements.

L’authenticité, l’émotion, le choc, la peur, le ras-le-bol, la colère, tout y est passé. Sans jugement sur ce qui venait, j’ai d’abord été touché par l’implication de chacun dans sa parole. Tout le monde a été touché. Chacun pourra ici peut-être s’y retrouver.

Pas de commentaire, juste un partage des mots, dans le désordre comme ils sont venus.

 

Qu’est-ce que ça me fait ?

« J’avais besoin de m’informer, je suis resté sur BFM jusqu’à 3 heures, j’étais scotché ».

 « J’ai de la colère et envie de pleurer en même temps ».

 « J’ai appelé, j’avais besoin de savoir, de me rassurer sur mes proches, sur mes collègues ».

« Ca me rappelle le RER en 1995, le train gare de Lyon en 88 » ; « La Côte d’Ivoire », « moi le Liban », « la guerre en France » pour les plus anciens, et « le Togo en 91 où ça tirait à balle réelle ».

« J’imaginais que venir en France me permettrait de ne plus jamais revivre ça. Le bruit, les morts, les balles… ».

 « J’ai peur, on n’est pas en sécurité, je ne me vois pas ressortir dans Paris ».

« J’étais heureux de ne pas être à Paris ce week-end là, mais à la fois tous mes amis y étaient ».

« Sortir de chez moi pour travailler, ça m’a fait beaucoup de bien ».

« J’ai 30 ans, et ce que je représente a été attaqué. J’ai le sentiment d’être la proie ».

« Ca me fatigue, même quand on essaye de se couper, on ne peut pas ».

« Charlie pouvait cliver, ceux qui sont Charlie d’un côté et les autres ; là, ça pouvait être tout à chacun ».

« Je me sens fatigué, affaibli ».

« Ca me rassure d’avoir vu des gens dehors après les attentats, dans la rue, au stade en Angleterre, c’est possible ».

« Je suis sensible aux bruits, au bruit des sirènes ».

« Ca va passer mais je me sens vigilante, je n’ai pas les mêmes filtres que d’habitude ».

« Je ne peux pas parler, ma sœur est inquiète, il faut la rassurer, et ma mère en rajoute ».

« Je vais arrêter de porter le voile, il y a trop de mauvais regards sur moi ».

 

 

Heureusement …

« J’ai passé le week-end en famille, j’avais mes trois enfants avec moi ».

« J’ai reçu des appels de ma famille, des amis ».

« Je ne suis pas touché directement mais des amis à moi le sont. Je leur ai proposé de venir à la maison ».

 « J’ai mis une bougie, j’ai osé ressortir »

« Je devais y être » ; « ça pourrait être moi, c’est mon lieu de sortie, de vie… ». « C’est égoïste, mais j’ai de la chance ».

 

Qu’est-ce que j’en pense ?

« Va où tu veux, meurs où tu dois ».

« Il faut penser aux autres pays ; tous les jours des attentats, relativiser ».

« Qu’est-ce qu’on peut faire ? Il n’y a pas de solution, peut-être avancer différemment, et non ne plus vivre »

« Faire avec le fait de faire sans, sans le sentiment de sécurité ».

« On ne peut pas faire du mal comme ça, gratuitement ».

« D’habitude, la peur ne fait que peur ; mais là il y a un vrai risque ».

« Avant les familles tenaient les générations ; maintenant les parents n’ont prise sur rien du tout ».

« Je n’avais pas compris que ça allait si mal ».

« C’est arrivé au Petit Cambodge ; je vais être mon Petit Thérapeute ».

« Je n’ai pas aidé cette mère qui s’est effondrée, je ne l’ai pas bien écoutée, j’étais moi-même sous le choc ; mais je pourrai revenir la voir et lui parler un autre jour ».

 

Que faire de mieux ?

Mettre un avertissement « interdit -12 ans » sur l’écran de la télé, ne serait-ce que pour indiquer aux parents de protéger les enfants des images répétées, non-filtrées.

Etre attentif aux plus fragilisés, car les défenses psychiques sont sensibilisés. Mettre un peu de douceur dans les relations à la maison comme dans la rue, dans le métro.

Revenir à son sourire, aux petits mots gentils avec son voisin, sa voisine. Remettre du lien social, gratuit.

Ne pas me culpabiliser ni avoir honte de regarder de travers certaines personnes, pendant un temps peut-être, tant la vigilance est exacerbée.

Etre attentif aux personnes ayant coupé les liens avec leurs parents, leurs frères et sœurs, ceux qui se retrouvent isolés de leur système familial, premier environnement social et régulateur.

Expliquer des termes méconnus dans leur sens spirituel et souvent mal utilisés dans les médias, notamment le chemin personnel que représente « faire son djihad ». Revenir également au Coran qui n’utilise jamais le mot de martyr.

Qu’un terroriste potentiel souhaite vraiment faire son djihad, et comprenne qu’il s’agit là de combattre son désir de mort, sa haine, sa violence, sa colère, ses désaccords : combattre en somme son terrorisme intérieur.

Que les institutions, les entreprises, les familles, prennent le temps d’accompagner la violence générée par leur système et à tout niveau.

Prendre le temps de parler après. Et quand on peut, prendre le temps de faire parler.

Prendre le temps de comprendre, par exemple « comment ça commence pour être terroriste ? ».

Etre pris dans la télé et son déluge, mais aussi dire stop à un moment, quand c’est trop et même avant ; choisir quand aller rechercher l’information, choisir la taille de son écran aussi, de la télé à la tablette pour diminuer l’impact de l’image.

Questionner l’autorité à poser en tant que parent ; prendre aussi le temps d’expliquer, d’écouter.

Remercier Facebook pour avoir lancé une alerte permettant de savoir qui était en sécurité parmi « mes amis » parisiens.

Comprendre qu’un échec ou qu’un drame est une étape, que demain existe, et après-demain aussi.

Prendre le temps de lire, de mettre à distance, de s’informer et de penser autrement.

Les attentats rappellent des souvenirs passés. Voir en quoi il y a des similitudes entre deux événements, mais ne pas en rester là en montrant qu’il y a aussi et toujours des différences.

Les témoignages sont ancrés dans le réel, des faits, du vu ou du entendu. Rapidement, l’émotion est aussi présente. Proposer d’allumer une bougie, prier, méditer, envoyer de l’amour peut permettre de changer de niveau d’ordre et de passer par le symbolique ou par un rituel de soin.

 

Et vous, comment ça va ?